Hello you, ça fait un petit moment que tu n’as pas eu de lecture par ici ! Bon, qu’on se le dise, c’est toujours très le burnout, je n’ai pas beaucoup d’énergie et en plus de ça je suis en plein déménagement, tu imagines donc le cirque qe peut être ma vie.

Toutefois, je ne voulais pas non plus te laisser seul·e, abandonné·e, j’ai donc décidé (confirmé par un sondage sur Twitter, de re-posté deux articles qui avaient déjà été en ligne quelques temps, sur la précédente version du blog. La première publication date de janvier 2017.

Ce premier article concerne ma scolarité avec un handicap et je t’avoue que, si ce n’est pas un thème qui me passionne parce que j’ai passé dix ans dans le monde associatif à raconter cette histoire lors de témoignage, des personnes m’ont fait savoir que ça les intrigaient, elles. Ce thème sera donc traité en deux articles, le premier sur l’école primaire et le secondaire et un second sur les études supérieurs. Tu retrouveras certains éléments que j’ai abordé dans le tag sur vie quotidienne et handicap visuel mais de façon plus approfondie.

/!\ Trigger warning : cet article aborde le harcèlement scolaire. J’en ai déjà parlé plusieurs fois sur le blog et c’est encore une fois le cas dans cet article. Prends bien soin de toi si tu poursuis ta lecture.

Le milieu ordinaire

En matière de scolarité et de handicap, plusieurs options sont possibles, dont deux principales : le milieu dit « spécialisé » et le milieu dit « ordinaire. » Je parlerais surtout du second puisque c’est ce que j’ai connu tout au long de ma scolarité. Pour rappeler le contexte dans lequel j’ai été à l’école – bien que ça me force à me souvenir de mon grand âge – on parle d’une période entre 1993 et 2007, une grande partie donc avant la fameuse loi du 11 février 2005, j’ignore les changements que cette dernière a apporté.

Pour donner une brève définition des milieux spécialisé et ordinaire, le premier consiste en la scolarisation en établissement spécialisé, dans mon cas cela aurait pu par exemple être l’INJA (Institut National des Jeunes Aveugles). La scolarisation en milieu ordinaire, quant à elle, consiste en des aménagements scolaires mais dans une école ordinaire, même si sémantiquement je n’aime pas trop ce terme mais bon, je vais pas me prendre pour Paul Grice, me comprends. C’est donc le second que j’ai connu.

À l’école maternelle, je ne me souviens pas tellement d’avoir eu besoin d’aménagements, puis il faut dire que c’est une période assez obscure dans ma mémoire, dont je ne garde qu’une photo de classe sur un cheval à bascule avec les cheveux au carré, une frange et un col Claudine (maman, pourquoi tu as fait CA, bref, les années 90 je suppose.) Les choses ont commencé à se préciser à l’école primaire.

Les aménagements scolaires mis en place pour moi à ce moment-là étaient relativement simples : je devais être assis·e au premier rang, pour pouvoir voir le tableau. Ça a bien contribué à ce qu’on me considère comme l’intello de la classe, et même si je n’en avais pas honte, les autres enfants ne me rataient pas, mais je reviendrai sur cette question plus tard. Le deuxième aménagement était l’agrandissement de documents, parce qu’à cette époque j’y voyais encore un peu, environ 2/10 à l’œil droit.

La chose un peu particulière, c’était la présence de mon AVS (Aide de Vie Scolaire), qu’on apelle maintenant AESH je crois, qui, pendant que les autres apprenaient à écrire – j’ai fait ça aussi mais c’était pas l’extase caligraphiquement parlant – m’apprenait le braille et aussi à taper sur un clavier (mais non pas avec un burrin tss), dans la prévision que l’ordinateur allait devenir un outil commun de travail dans l’avenir. Bon, j’ai appris à taper sur une machine à écrire, mais franchement ça m’a bien servi puisque je n’ai pas eu besoin de réapprendre le clavier azerty quand j’ai perdu la vue, et ça a été un grand gain de temps, crois-moi.

La primaire, niveau adaptation, ça a donc été plutôt simple. J’ai même eu un de mes instits (oui je sais on dit professeur·e des écoles maintenant mais je suis pro-IUFM tss) a même eu la bonne idée d’écrire à la craie jaune sur le tableau noir, parce que bizarrement c’était plus contrasté et que je voyais mieux. Tada !

Le secondaire ou quand on redouble d’ingéniosité

Au collège, j’ai commencé à bénéficier des débuts de la technologie. Bon, c’était pas encore l’extase, hein, mais j’ai eu différentes formes de loupes qui étaient plutôt cool et ne me faisaient pas ressembler à Sherlock Holmes miniature (même si j’adore Holmes en vrai). On a continué avec les agrandissements papier tout au long de mes années collèges, parce que ça convenait et que ça demandait pas trop de boulot aux équipes éducatives.

Là où ça a commencé à se gâter, ça a été au lycée. Ma vue a commencé à baisser en 2de et on ne savait pas trop quoi faire. Parce qu’en entrant en 2de je voyais encore assez pour prendre des notes mais que neuf mois plus tard, c’était juste même pas la peine. Mes profs ont fait comme iels ont pu ; certain·e·s ont été cools (comme ma prof de maths qui a accepté de me dispenser du chapitre sur la géométrie dans l’espace et qui a tenté de m’enseigner les subtilités des inéquations à deux inconnus, la pauvre) d’autres n’ont pas voulu trop faire d’efforts.

La classe de 1ère a été aussi assez sportive. Le point positif, c’est qu’au cours de l’été j’ai eu un ordinateur portable où je pouvais prendre des notes , lire en gros caractères, tout ça. Le challenge c’est que, dans ma logique toute personnelle, j’ai pensé que faire une option cinéma audio-visuel en y voyant pas à 3 mètres serait une bonne idée. Bizarrement, ça n’a pas été ça le plus difficile, même si mon AVS a dû apprendre à monter sur Final Cut pour la réalisation de mon film de bac, et je l’admire un petit peu pour ça. Trouver les livres en littérature n’a pas été simple, surtout que les ebooks à cette époque c’était ouais mais pas trop. J’ai là encore eu quelques profs récalcitrants, dont un bien relou, mais d’autres étaient juste trop cools et ont accepté de se mettre à faire le polycopiés sur ordinateur juste parce que j’en avais besoin en version numérique.

J’ai aussi eu des aménagements pour le bac, les sujets en format numérique donc, puis un tiers temps (alleluia pour ce truc, surtout en philo) et un·e secrétaire d’examen qui était surtout là pour relire le sujet avec moi si besoin. Bref, le lycée a moins coulé de source que l’eau Cristaline (référence années 2000 inside) mais grâce à l’insistance de mes parents et mon caractère un peu pourri, on y est arrivé.

L’Enfer, c’est les autres

Ce qui a rendu ma scolarité difficile, surtout au collège, c’est le harcèlement scolaire. Je ne mettais pas ce terme sur ce que je vivais à l’époque, parce que c’est une notion finalement assez récente même si ça a toujours existé. Comme beaucoup de gens, j’ai connu les moqueries et beaucoup étaient en rapport avec mon handicap. Parce que jusqu’au lycée, j’ai porté des lunettes, et c’est pas rien de le dire quand on voit la taille des engins, et j’ai eu le droit à de jolis sobriquets comme « Bigleuse » ou « La Binocle », j’aime bien les Razmokets mais bon.

Le soucis, ça n’était pas tant le manque d’imagination de mes camarades que le fait que c’était tous les jours, tout le temps. Je n’étais pas totalement isolé·e, , j’avais quelques amies. Mais la répétition, c’est vraiment usant. Sauf que quand ça atteint le moment où on vous fait un croche-patte dans les couloirs ou quand on se marre lorsque vous rentrez en collision avec une personne à vélo dans la rue à la sortie du collège, ça devient vraiment compliqué.

Sincèrement, je pourrais parler des conséquences passées et présentes du harcèlement scolaire pendant des heures et, franchement, vu l’actualité et mon moral pas ouf, j’ai pas trop envie. Mais ce que je peux en dire rapidement, ça montre bien que les adultes ne sont pas du tout sensibilisé·e·s et que si c’était le cas, iels apprendraient à leurs enfants que le handicap n’est 1) pas une raison pour se moquer des autres (même si en vrai aucune raison n’est valable pour se moquer de quelqu’un), 2) le handicap n’est pas contagieux (oui non mais on dirait pas comme ça mais c’est super répandu comme croyance) et 3) qu’intégrer les enfants en situation de handicap, au-delà de rendre les bâtiments et l’éducation accessible, c’est pas la mer à boire. Et pour avoir des ami·e·s dans l’éducation nationale, notamment au collège et lycée, iels me disent bien qu’iels ne sont pas vraiment formé·e·s ou sensibilisé·e·s au handicap lors de leur formation à l’ESPE. Qu’iels tentent de faire ce qu’iels peuvent pour aider les élèves en situation de handicap, discuter avec les parents et l’enfant/ado pour voir ce qu’on peut faire, essayer d’adapter leur cours aux différents handicap ou neuro-atypies, iels ne peuvent pas non plus faire des miracles. MàJ de mars 2020, mdr, les moyens pour les élèves en situation de handicap c’est de l’eau, même encore aujourd’hui

Voilà pourquoi, même si j’ai passé de bons moments lors de mes années collèges, majoritairement quand je n’y étais pas en fait, je n’arrive pas à garder un bon souvenirs de cette période. Je sais que le handicap n’est pas la seule source de harcèlement scolaire, loin de là. S’en est une parmi tant –trop – d’autres.

Désolé·e pour ce billet pas très léger, mais la route de briques jaunes que Blanchette et moi avons pris n’est pas pavées que de jolis moments rigolos. Promis, il y en aura En attendant j’espère que cet article t’aura un peu plus éclairé·e sur la scolarisation avec un handicap. Pour toute information supplémentaire, tu peux contacter ton académie ou la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) de ton département.

Éducation et handicap : scolarité et aménagements

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