Elia, la Passeuse d’ämes de Marie Vareille, : une dystopie comme on les aime

Aujourd’hui, j’ai souhaité (re)partager avec vous un billet lecture que j’ai écrit il y a près d’un an, sur un livre qui avait été un coup de cœur. Il y a quelques semaines, Marie Vareille a annoncé sur son compte Twitter que le deuxième tome d’Elia, la passeuse d’âmes sortirait le 18 janvier 2018. Une occasion parfaite pour reposter cet article sur le tome 1 😉


Il y a de ces auteurices qui vous surprennent parfois, lorsqu’iels se tournent vers un genre littéraire dans lequel on ne les attendait pas forcément. Après deux, trois ou plusieurs romans publiés, on pourrait croire qu’iels resteront à leur premières amours d’écrivain·e ; certain·e·s passent toute leur carrière dans le même genre d’univers, mais si iels y excellent, pourquoi s’en plaindre ?

D’autres encore, prennent un tournant dans leur écriture. Par choix, par désir de prendre des risques, par envie, cela dépend. Récemment, une autrice que je suis depuis ses débuts a publié un roman se situant dans un genre bien différent de ses deux premières publications ; Marie Vareille, que l’on avait découvert avec deux romans appartenant au genre de la comédie romantique (je vous parlais d’ailleurs du premier par ) nous a offert le premier tome d’une série dystopique/young adult, Elia, La Passeuse d’âmes. Et ce revirement d’écriture est plutôt réussi !

Résumé

Les prophéties n’existent que si quelqu’un a suffisamment de courage pour les réaliser.
Elia est une Passeuse d’Âmes, un être sans émotions. Elle doit exécuter ceux qui sont devenus des poids pour la société : vieux, malades, opposants… Mais un jour elle ne parvient plus à obéir aux ordres et s’enfuit dans la région la plus déshéritée du pays, là où les Passeurs d’Âmes sont considérés comme les pires ennemis. Au plus profond d’immenses mines à ciel ouvert, Elia découvrira, telle une pépite, une destinée qui la dépasse.

Une dystopie comme on les aime

Tout genre littéraire a ses codes, ses caractéristiques et c’est sans aucun doute le cas des romans dystopiques/jeunes adultes qui ont fait fureur ces dernières années avec des séries au grand succès commercial comme Hunger Games, Divergeante et d’autres. Si on a lu plusieurs de ces livres, on finit par voir des ressorts narratifs, des structures, des personnages typiques si bien que parfois la surprise s’estompe un peu à la lecture. Ce qui rend les histoires se situant dans ce genre uniques, c’est bien souvent leurs personnages ou les caractéristiques de l’univers développé par l’auteurice.

En cela, Elia la Passeuse d’âmes est une très bonne dystopie ; on y retrouve un monde post-apocalyptique divisé en classes bien distinctes, régies par un gouvernement dictatorial bien comme il faut. On a également une héroïne d’environ 16 ans, Elia, qui va connaître un grand bouleversement dans sa vie, la forçant à fuir le milieu dans lequel elle a grandi et se lançant ainsi dans un voyage initiatique qui la changera profondément, lui fera ouvrir les yeux sur le monde, lui permettra de rencontrer des personnes qui deviendront une famille de substitution et qui l’accompagneront – ou pas en fait mais ça sera à vous de le voir en lisant le livre – dans une aventure qui aura un impact indélébile sur son avenir et celle de son monde.

Décrit comme ça, vous pourriez me demander : pourquoi lire cette histoire alors, si elle resemble tant aux autres dystopies déjà publiées ? Parce qu’elle leur ressemble seulement en apparence ; sur une construction narrative et des traits de caractères communs. Pourtant, le premier tome de cette série vaut le coup ; il m’a personnellement suffit d’un vol de 7 heures pour dévorer les 315 pages de ce livre.

Ce qui fait qu’Elia, la Passeuse d’âmes est intéressant, c’est l’univers dans lequel il prend place. Avant d’aborder ce sujet, il faut pourtant que je vous parle des personnages, l’un des éléments les plus importants dans une histoire selon moi. L’héroïne, Elia, correspond tout à fait aux standards d’une héroïne de roman young adult. Elle a une grande force de caractère équilibrée par une certaine fragilité due à sa jeunesse et au fait que tous ses repères s’efondrent au début de l’histoire. Je l’ai trouvé différente des autres héroïnes de dystopie en cela qu’elle ne m’a pas une fois tapé sur le système. C’est un peu cash mais le côté martyr de certaines des héroïnes sus-mentionnées à parfois tendances à m’agacer… Bref ! Elia est donc très attachante et l’écriture de Marie Vareille nous emporte vraiment dans les aventures de son personnage principal si bien qu’on ne voit pas le temps passer. Les réactions d’Elia face aux évènements qu’elle affronte sont réalistes et humaines, ce qui lui donne une réelle substance en tant que personne. Elle fait preuve d’une grande capacité d’adaptation lorsqu’elle doit vivre et travailler dans les mines, cette période étant d’ailleurs ma préférée de l’histoire. Son côté fragile apparaît lorsqu’il est question de sa famille ; celle-ci éclate après les évènements qui la pousse à la fuite et Elia reste très attachée à elle, surtout à sa petite sœur qu’elle aime plus que tout et pour qui elle est prête à tout. Ça couplé à sa force de caractère lui donne un bon équilibre. Son rôle initial en tant que Passeuse d’âmes est également très intrigant : imaginer des personnes qui donnent la mort aux individus jugés inutiles/dérangeant pour le système, normalement dénué·e·s d’émotions est quelque chose d’intéressant à explorer. J’aimerais bien voir un·e autre passeur·se d’âmes, la façon dont pourrait se développer la psychée d’un personnage qui délivre la mort comme on accomplirait n’importe quel autre tâche quotidienne.

Les personnage secondaires, quant à eux, sont aussi très attachants, surtout les ami·e·s qu’elle se fait par la suite, je suis personnellement fan d’Arya. L’écriture de l’autrice laisse la place au développement psychologique des protagonistes et à de l’action et suspens présent quasiment tout au long du livre. L’équilibre de ce premier tome se situe aussi là, dans le fait que tout en nous présentant son univers, ce qui est souvent le rôle d’un premier tome, Marie Vareille nous plonge tout de suite dans l’action, sans longueur.

L’univers développé par l’autrice

Je viens finalement à ce qui m’a le plus plu dans Elia, la Passeuse d’âmes : le monde qu’a créé Marie Vareille. En apparence, il paraît classique : une société de caste bien délimitée, chacun·e à sa place et doit suivre des règles strictes. Pourtant, si on explore un peu plus l’univers, on se rend compte que Marie Vareille a réellement développé son système et surtout la façon dont celui-ci a été élaboré à l’époque de la construction de la société.

Tout au long du livre, la narration principale est entre-coupée d’extraits de livres, de textes de lois ou de rapports gouvernementaux top secret qui nous en apprenne un peu plus sur la façon dont les humain·e·s se sont remis du conflit mondial qui a mis fin à ce qu’ils·elles appellent « l’ancienne civilisation ». Suivant un livre élevé au rang de texte sacré, livre qui a d’ailleurs de forte ressemblances avec les grands textes religieux que l’on connait, les humains ont créé une société basée sur la communauté, l’intérêt de celle-ci se situant au cœur de l’organisation sociale. Les individus n’existent pas, seul compte le groupe et, sans partir dans une analogie avec les travaux de sociologues de la fin du XIXème siècle/début du Xxème siècle car ça serait peut-être partir trop loin, cette structuration et cette philosophie de vie fait tout à fait sens.

Cependant, elle pose une question que l’on voit apparaître à la fin du livre ; en effet, le livre sur lequel se base la civilisation dans laquelle évolue Elia possède une suite, que la dictature en place s’est bien gardé de dissimuler aux yeux de la populations. Il affirme en effet qu’au bout de plusieurs décennies du système de caste mis en place après la guerre, le peuple devra être consulté pour savoir ^si ses membres sont prêt·e·s à retrouver davantage de liberté comme dans l’Ancienne Civilisation. Or, les intellectuel·le·s et le Gouvernement affirme que c’est cette trop grande liberté qui a conduite la civilisation précédente à sa perte et donc qu’il faut s’arrêter à la société de castes, que les règles drastiques sont la seule solution pour la paix de la communauté.

Pour faire une autre analogie qui pourra paraître bancale pour les plus callé·e·s d’entre vous en histoire politique, cet élément de l’histoire m’a fait penser à la dictature du prolétariat mentionnée dans les écrits philosophiques ou sociologiques des penseur·se·s communistes de la fin du Xxème siècle. Selon Karl Marx et d’autres, et atention ceci est une simplification de leurs idées pour ne pas vous faire mourir d’ennui, la dictature du prolétariat après le renversement de la société privilégiant les membres de la bourgeoisie ne devait être qu’une étape vers l’abolition totale des classes. Or, beaucoup de régimes communistes se sont arrêtés à cette étape de dictature et c’est ce qu’a fait le gouvernement du monde développé par Marie Vareille. Cet aspect de l’histoire qu’elle développe nous amène donc à nous demander : une trop grande liberté d’agir et de penser est-elle néfaste à une société ? Les règles ne sont-elles pas nécessaires pour réfreiner les aspirations individualistes des membres d’un groupe ? Et, même si on pourrait tout à fait dire que je vais trop loin et qu’Elia, la Passeuse d’âmes, est avant tout là pour nous divertir et nous transporter dans un autre monde, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à tout ça en lisant la fin du roman… Et je trouve que cela lui donne encore plus de profondeur.


Elia, la Passeuse d’âmes est un très bon premier tome pour cette nouvelle série dystopique développée par Marie Vareille. On y retrouve les codes basiques du genre tout en ne tombant pas dans la non-originalité, les personnages principaux sont attachants et intéressants et l’univers dans lequel évolue tout ce petit monde est bien ficelé et bien maitrisé par son autrice. Un roman à découvrir de toute urgence;)

originalement publié sur The Checkpoint.fr le 23 novembre 2016

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