Une introduction au monde des fandoms

Une photo de Buffy tenant une arbalette pointée vers le spectateur

Originalement publié sur The Checkpoint.fr le 1er septembre 2015, cet article est une introduction à la thématique des communauté de fans histoire de présenter quelques notions et définitions ;

Fandom, l’un de ces concepts intraduisibles en français, montre que la langue de Shakespeare est une source perpétuelle de néologismes qui se moque bien de la correction sémantique ou lexicologique. Si on découpe le terme fandom on obtient le nom « fan » et le suffixe « dom » signifiant « domain ». Le fandom est donc un domaine de fans.

C’est vrai mais trop peu exhaustif pour que l’on comprenne réellement ce que cela signifie. La définition de ce terme évolue grandement selon les personnes, les angles de recherche sur lequel il est étudié. Qu’est-ce qui fait un fandom ? Difficile à dire. On peut toutefois s’appuyer sur quelques éléments, pour introduire cette thématique. Le chercheur américain Henry Jenkins (alias l’un des pères fondateurs des études académiques sur la fan culture), donne une brève définition des fandoms comme suit : «il s’agit des structures sociales et des pratiques culturelles des consommateurices de culture de masse les plus engagés ». Bien que succincte, cette définition soulève des notions tout à fait importantes pour saisir ce qui fait la base des fandoms : le social, la pratique, l’engagement et la culture de masse. Un fandom se crée dès qu’il y a des fans pour générer des interactions (la structure sociale) et une sous-culture (les pratiques culturelles.)

Qu’est-ce qu’un·e fan ?

Une photo de Buffy tenant une arbalette pointée vers le spectateur Crédit photo : The WB[/caption]

La question peut paraître futile mais elle a son importance lorsqu’on souhaite se lancer dans une étude de la fan culture, des fandoms, des communautés de fans, fan arts ou toute autre joyeuseté du genre comprenant le terme de « fan ».

Quand Pascal Obispo chantait « Si j’existe, c’est d’être fan », en dehors d’être une référence musicale douteuse, il n’est pas si loin de la vérité. Lorsqu’on utilise ce terme, on ne parle pas de simples amateuricess d’une oeuvre (série télé, film, livre…), d’un·e artiste ou d’un genre. Vous pouvez bien aimer Game of Thrones sans penser à faire du cosplay ou écrire des fanfictions. Vous pouvez aimer la science-fiction ou la fantasy sans pour autant avoir pensé un jour vous investir dans une association de jeu de rôle ou vous rendre à une convention. Je pense personnellement qu’une personne est fan si elle s’identifie en tant que telle, si elle souhaite s’approprier ce mot et ce qu’il implique. C’est généralement des autres que peut venir une remise en question de notre identité en tant que fan, mais c’est un tout autre sujet.

Toute la différence est là. Dans sa définition des fandoms, Jenkins parle des personnes « les plus passionnément engagées » et c’est cet engagement qui peut différencier un·e fan d’une personne qui apprécie ou même adore un objet culturel. Mais s’engager dans quoi alors ? Et bien cela peut prendre de nombreuses formes : discuter et rencontrer d’autres fans, entreprendre une activité créative comme l’écriture de fanfiction ou la conception de cosplay, entre autres choses. La base de tout cela, c’est l’échange avec d’autres fans. Ce qui conduit à la structure sociale abordée par Jenkins.

Fandoms, communautés et interactions

Je ne sais pas si le terme français de structure est ce qui correspond le mieux ici car il ne s’agit pas d’une structure au sens hiérarchique du terme. Le « tissu » social conviendrait peut-être mieux. Il s’agit de l’ensemble des interactions que peuvent avoir les différent·e·s fans entre elleux. Au départ, il s’agissait d’interactions en face à face, des rencontres isolées entre petits groupes de fans, des rassemblements plus importants lors de conventions ou des discussions par lettres et fanzines interposés. L’arrivée d’Internet a évidemment modifié la nature de ces interactions.

Comme le mentionnent Kristina Buss et Karen Helleckson dans leur ouvrage Fan fictions and fan communities in the age of the Internet (McFarland, 2006), « L’avancée d’Internet a fait passer ces groupes de rencontres en face à face relativement limitées à des communautés globales et facilement accessibles. Dès les années 1980 aux États-Unis, les premières communautés en ligne se sont formées et la fan culture s’est emparée de ce moyen de communication pour casser les barrières géographiques qui limitaient les fans dans leurs échanges jusque-là. Offrant une interactivité et une instantanéité de réponses permettant un enrichissement perpétuel des discussions et des échanges sur l’objet culturel autour duquel iels se réunissaient, permettant bientôt l’émergence d’une sub-culture comportant son vocabulaire, ses références propres et formant ainsi la base d’un fandom. Mailing, forums de discussion, communautés Livejournal ou Yahoo pour arriver au début des années 2010 à des interactions via les réseaux sociaux (Facebook, Twitter ou Tumblr en tête), le web est un espace parfait pour ce genre d’échanges ».

Voilà pourquoi l’aspect social et communautaire est si important dans la fan culture. Sans interactions, pas d’échanges et donc pas de subculture propre à un genre ou une oeuvre. Sans communication, les fans restent de petits groupes isolés sans réelle identité. À plus grande échelle, iels forment un ensemble qui se reconnaît à travers un amour commun pour un domaine mais aussi, au fur et à mesure, à travers des valeurs et des références culturelles communes. Grâce au développement du web et des réseaux sociaux, les fandoms se démocratisent de plus en plus et en viennent à perdre leur aspect de sous-culture pour devenir mainstream. Si c’est de plus en plus vrai aux États-Unis, où la notion de communauté régit une grande partie de la vie quotidienne, c’est aussi le cas en Europe.

Les pratiques culturelles propres aux fandoms

Ce terme plutôt large regroupe à la fois les interactions précédemment citées sur des plateformes de communications communautaires comme les pratiques plutôt créatives des fans, de l’écriture de fan fictions aux cosplays ou à l’édition de vidéos, la réalisation de fan films, de dessins ou de montages photos.

On a, ces derniers temps, beaucoup entendu parler des fan fictions, à travers le succès de séries de romans comme celle de 50 Nuances de E.L. James, au départ une fan fiction sur Twilight. Sans aborder la qualité du travail ou l’image que cela donne d’une pratique qui a fédéré des milliers de personnes depuis près d’un demi-siècle, il semble que cette reconnaissance des créations de fans soit l’aboutissement d’une histoire qui remonte à bien avant la création d’Internet.

Si on ne parle que de la seconde moitié du XXème siècle, on a vu dès les années 1960 se développer les premières fan fictions, dans le fandom de Star Trek notamment, pionnier en beaucoup de domaines quand on parle de fan culture. Star Wars a suivi puis d’autres, au fur et à mesure. Dessins, histoires, figurines, costumes… les fan works peuvent prendre n’importe quelle forme et sont un moyen de plus d’expression des fans dans leur domaine de prédilection.

Là encore, le numérique et Internet ont évidemment joué un grand rôle. Nombre d’auteurices de fan fictions s’ignoraient avant de découvrir des communautés ou des répertoires en ligne et plus tard, des plateformes devenues presque institutionnelles comme fanfiction.net ou Archive of Our Own (AO3). En plus de moyens de production (photos ou vidéo par exemple), Internet est aussi un formidable moyen de diffusion des oeuvres. Il est aujourd’hui beaucoup plus facile de partager un fan film avec du streaming comme Youtube que de faire tourner une VHS existant en quelques exemplaires seulement.

Au-delà de fédérer les fans autour d’une pratique créative commune, les fan arts peuvent également alimenter la sous-culture du fandom. Certain·e·s créateurices gagnent une notoriété au sein de la communauté ou peuvent même inspirer certain·e·s dans leurs propres oeuvres.

Une image de Jennifer Lawrence dans le rôle de Katniss Everdeen dans le film Hunger Games

L’interprétation d’un fait, d’un personnage ou d’une partie de l’oeuvre originale (appelée également canon), peut être reprise et adoptée par le plus grand nombre. On parle alors de fanon, une version de l’oeuvre influencée par les créations et les interactions des fans. Pour illustrer ce concept par un exemple concret, on peut citer l’oeuvre de J.R.R. Tolkien, qui a l’une des plus grandes communautés de fans à travers les Internets. Dans son livre Le Silmarillion, Tolkien nous présente toute une galerie de personnages tout en restant assez évasif sur certains. Après des années et des millions de pages de fan fictions, on en vient à interpréter ces personnages d’une façon influencée par le fanon. Prenez les fils de Fëanor, pour les connaisseureuses. Ils sont présents tout au long du Silmarillion mais nulle part il n’est vraiment dit que Maedhros aimait les lettres et la science plus que ses frères. Pourtant, c’est une notion bien ancrée dans le fanon que les auteurices reprennent dans leur histoire comme fait accompli. Ce concept est sûrement l’un des plus représentatifs de la culture des fandoms.


Si cet article introductif est déjà long et contient beaucoup d’éléments qui restent à développer, j’espère qu’il vous aura permis de saisir les principaux éléments de ce qui forme les fandoms. Bien qu’ étant une discipline plutôt récente en ce qui concerne la recherche, l’étude de la fan culture n’en est pas moins diverse et passionnante. Il y a encore plein de concepts, d’exemples et même d’anecdotes à partager.

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