Le Roi-Corbeau de E.K. De Riz

Un nouveau billet lecture aujourd’hui, mais on s’éloigne des romans young adult et de la comédie romantique pour un thriller d’anticipation. C’est en surfant sur le catalogue en ligne de la maison d’auto-édition Librinova que j’ai trouvé Le Roi-Corbeau de E.K. De Riz. Le résumé et la promesse d’une lecture intense et sombre dans les commentaires m’ont convaincue. Et quand j’ai vu dans la fiche de présentation de l’auteure que son héros de roman favori était Joshua Brolin (protagoniste de La Trilogie du Mal de Maxime Chattam, dont je suis une grande fan) je me suis dit, let’s go.

Résumé

La Mémoire de nos Pères est morte quelque part sous les ruines de la civilisation humaine ; ensevelie sous les gravas des villes, des cendres et des corps de ceux qui ne purent échapper à l’effondrement du monde. »

La Nuit Nucléaire a englouti le Monde, il y a longtemps. Hormis une poignée de survivants regroupés dans l’ancienne ville de Portland, Oregon, il n’existe plus rien, de l’autre côté du Brouillard. Un homme seul arpente les rues de la cité morte, flanqué de deux oiseaux aux ailes noires.

« Il déposera le corps à l’endroit habituel.
Puis il rejoindra ses semblables au détour d’un hangar vibrant de musique et de cris.
Les survivants à la destruction de la race humaine dont il fait partie.
Ceux qui le connaissent sous le nom de Roi-Corbeau. »

Mercenaire, tueur froid et implacable au service des Éminences Grises de la Citadelle, le Roi-Corbeau rêve pourtant d’un Monde par-delà les Murailles, un Monde de bleu et de rocaille, loin de la grisaille ; l’Océan des Anciens Temps, infini et envoûtant.
Un jour, surgis de derrière le Brouillard, deux Enfants de la Mer croisent sa route dans les ténèbres. Et le Monde devint plus grand.

Un univers opressant et fascinant

En commençant la lecture de Le Roi-Corbeau, on plonge directement dans un monde qui nous ai à la fois connu puisqu’il fut un jour le nôtre, mais aussi totalement étranger de par sa dureté, sa cruauté, même. C’est du moins ce que l’on croit dans la première partie de l’histoire, qui se passe dans une Portland ravagée par l’effondrement du monde et la nuit nucléaires.

Le monde décrit par l’auteure, notamment celui des bas-fonds, est brutal, glauque et sans espoirs. Les mots sont dures, les descriptions demandent parfois d’avoir le cœur bien accroché, mais n’en sont que plus saisissantes de réalisme. La plume d’E.K. De Riz est à la fois précise et poétique ; les descriptions nous permettent d’être là, avec les personnages que l’on suit, de découvrir cette terre ravagée, des vapeurs toxiques et obscures des rues de Portland, aux eaux turquoises des lagons en passant par la profondeur des abysses. Les descriptions du monde sous-marin sont vraiment belles. j’avoue parfois avoir du mal avec les passages descriptifs, mais je trouve ici qu’ils s’incorporent parfaitement dans l’histoire et font travailler l’imagination. Je n’avais aucun mal à visualiser toutes les scènes et c’est quelque chose de très appréciable, car il n’y a aucune lourdeur.

Si le monde dans lequel prend place l’histoire était jadis le nôtre, quelques éléments ont changé, ou plutôt évolué, et ces modifications apportent une petite touches de quasi surnaturel. Je pense notamment au lien qui unit le héros à ses deux compagnons corbeau, et à ce retour de certains humains vers la mer… même si je n’en dirais pas plus pour ne pas spoiler. Ce côté science-fiction apporte vraiment un plus à ce monde obscur.

Des personnages complexes

C’est dans ce monde-ci qu’on découvre le héros de ce livre, Le Roi-Corbeau, ou Judas, de son prénom. Je pense que je pourrais parler de ce personnage pendant des lignes, voir des pages, tant il est complexe. Il m’a fallu apprendre à le connaître, à l’apprivoiser, car il est loin des héroïnes (c’était en effet surtout des personnages féminins) que j’ai pu rencontrer lors de mes dernières lectures dystopiques. Judas est complexe, un anti-héros rempli de violence, de doutes et d’espoirs enfouis. Il est multiple, changeant, dur à saisir et, alors que les pages et les chapitres défilent, il se dévoile, petit bout par petit bout. Jusqu’à nous toucher. Je crois que ce qui m’a le plus émue chez lui, c’est cette relation si particulière qu’il a avec ses deux compagnons corbeaux. C’est notamment à la fin du roman que l’on perçoit d’autant plus ce lien. Un lien brut, sincère et immuable. L’évolution de Judas est captivante et juste.

E.K. De Riz a réussi à écrire un héros torturé, mais aussi un héros tragique, peut-être au sens classique du terme, même si les actions et les émotions de Judas ne tombent jamais dans l’absurde. Comme le laisse parfois entendre Tim, il peut ruminer une culpabilité infondée pendant des heures, mais quand il se reprend et redevient le Roi-Corbeau, c’est un titre qui lui ai accordé pour une bonne raison. Je dois avouer qu’il m’est arrivé de ressentir l’envie de secouer Judas comme un prunier ; parce qu’il est frustrant à certains moments ! Mais il ne serait pas si crédible et… attachant, s’il n’avait pas ses défauts, ce côté frustrant et parfois borné.

Il faudrait aussi que je vous parle des personnages secondaires ; parce qu’ils sont très bons. Je me suis déjà beaucoup épanchée sur Judas donc… j’ai adoré le personnage de Tim, qui est loin d’être seulement le comic relief du livre. je crois que c’est à lui que je me suis le plus identifier parce qu’il est peut-être le plus « normal » si je puis dire. Je me suis également beaucoup attachée à Wesley, Jaime m’intrigue vraiment, et les épreuves qu’elle traverse sont éprouvantes. Les personnages qui viennent s’ajouter au fur et à mesure de l’histoire sont trop nombreux pour tous les aborder ici, mais ils ont tous leur petit quelque chose qui fait qu’ils ne sont pas juste des silhouettes qui passent et que l’on oublie. Ils ont tous leur importance.

Un roman tout en équilibre

Afin d’abréger cet article, car comme vous l’aurez compris je pourrais en faire une dissertation (mon gros problème dès que j’aime un truc, on ne m’arrête plus) il y a deux ou trois points que je voulais aborder rapidement.

Tout d’abord, il y a cet équilibre entre les genres et les thèmes que E.K. De Riz a distillé dans son histoire. La romance est particulièrement bien amenée, elle est cohérente avec l’ensemble de l’histoire mais ne prend pas toute la place. Les trois parties du roman sont parfaitement justifiées, et autant dire que j’ai lu tout ça en quelques jours. On ocile entre tensions, moments plus contemplatifs et scènes brutales qui forment un parfait équilibre.

Il y a également les thèmes en toile de fond que le livre aborde ; cette capacité de l’être humain à tout détruire mais le potentiel qu’il a à reconstruire. Cet éternel recommencement de l’Histoire et des hommes de pouvoir qui n’apprennent jamais de leurs erreurs. Les origines marines des humains, abordées de façon très intéressante et un amour de la mer que l’on sent dans chacune des descriptions de l’auteure et qui nous donneraient envie de partir au large. Quoi la mer me manque à Poitiers ? C’est faux !

Le dernier petit plus pour moi, c’est les clin d’œil à l’œuvre de Maxime Chattam présents tout au long du roman qui m’ont vraiment fait plaisir. C’est l’un de mes auteurs favoris (je vous en reparlerai peut-être) et j’ai retrouvé un peu de Joshua Brolin dans Judas, bien sûr la ville de Portland où se passe une partie de l’action de La Trilogie du Mal ou encore des allusions au Requiem des Abysses et à Léviatemps *mode fan girl off*


En résumé, (comme si l’article n’était déjà pas assez long), je vous recommande Le Roi-Corbeau. C’est le premier tome d’une trilogie dont j’attends la suite avec impatience, parce que je veux vraiment savoir ce qui va arriver à ce monde et à ses personnages. Par contre, je vous préviens, la fin de ce premier livre est… je ne spoilerai pas. Mais ça fait dix jours que je l’ai terminé et je m’en remets toujours pas… de façon positive, cela va s’en dire 😉

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