Let It Snow de la #TeamRomCom : et si on se réconsiliait avec la comédie romantique ?

Å peine Halloween était-elle passée qu’on voyait déjà fleurir autour de nous les décorations, cadeaux, rayons de magasins, promotions, chansons et téléfilms de Noël. Aujourd’hui, la fête du vieux barbu aux couleurs de Coca-Cola n’est plus que dans quelques semaines et on commence à se dire que se plonger dans l’esprit des fêtes de fin d’année, si tant est qu’on aime cette période bien sûr, n’est pas prématuré. Fin Novembre, ça va, on peut dire.

Je me suis personellement plongée dans l’esprit de Noël grâce à un recueil de nouvelles écrit par le collectif #TeamRomCom, composé de plusieurs autrices de comédie romantique françaises. Et figurez-vous que ces six petites histoires pourraient bien m’avoir réconcilier avec le genre…

Let it Snow, qu’est-ce que c’est ?

Let it Snow, qui n’est pas sans rappeler le classique des chansons de Noël interprété tour à tour par Dean Martin ou Frank Sinatra, est un recueil réunissant des nouvelles sur le thème de Noël et des comédies romantiques. Ces histoires, écrites par Isabelle Alexis, Tonie Behard, Adèle Bréau, Sophie Henrionnet, Marianne Levy et Marie Vareille, nous présentent toute une galeries de personnages, de situation et de rencontres, des célèbres réveillons de famille à des situations plus tournées vers le côté loose de la Force qui ont toutes en commun de nous présenter des débuts de romances, des liens filiaux ou des amitiés solides sous fond de sapins illuminés et de flocons de neige.

Les nouvelles de Let It Snow

Le but ici n’est pas de vous faire une critique de chaque nouvelle car découvrir les histoires les unes après les autres fait partie du charme de ce recueil selon moi. C’est un peu comme ouvrir les cases d’un calendrier de l’Aven jour après jour, le recueil se déguste d’ailleurs comme un bon chocolat. Même si, soyons honnêtes, les chocolats du calendrier de l’Aven c’est pas toujours terrible mais ça n’est pas le sujet.

A travers Let it Snow j’ai découvert des auteures que je ne connaissais pas. Bon pour être franche, en dehors de Sophie Henrionnet et Marie Vareille, je n’en avais lu aucune. Ce qui est agréable, dans ce petit recueil, c’est que malgré l’aspect commun aux histoires, à savoir le genre de la comédie romantique et le thème de Noël, on retrouve des plumes et des styles assez différents. En quelques pages, les différents protagonistes sont bien instalés, on peut même s’attacher à certains plus qu’à d’autres. La narration varie de la première à la troisième personne, on voyage entre Paris, New-York et Sienne (Toscane forever <3) et on a des personnages très variés, de la nana un peu paumée sans job et sans mec, à celle qui vient de se faire larguer, en passant par un fromager, un gentleman anglais digne de Mr. Darcy et un Arsen Lupin des temps modernes.

On retrouve également beaucoup des codes de la comédie romantique et, même si on les a déjà vus et revus dans plusieurs livres, ils ont ici un côté réconfortants ; comme les traditions de Noël qui sont si clichées mais qui pourtant donnent son charme à cette fête. Ça n’est pas trop l’endroit pour dire si Noël c’est bien ou pas, même si certains personnages dans les nouvelles soulèvent la question. Mais retrouvez ces situations ou personnages typiques de la rom-com a un côté réconfortant, comme décorer le sapin ou écouter des chants de Noël chaque année, encore et encore. C’est mignon, parfois drôle, parfois touchant. Et oui, je dis ça alors que je suis la première à faire des comentaires blasés sur les histoires d’amour. Parlons-en justement.

Et si on se réconciliait avec la comédie romantique ?

Cela fait plusieurs semaines que je projetais d’écrire un billet mi-humeur mi-culture sur le genre de la comédie romantique. La sortie de Let it Snow est donc un bon prétexte pour aborder ce sujet !

La rom-com, un amour de jeunesse

Ma relation avec les comédies romantiques et autres oeuvres de chick-lit remonte à plusieurs années et a été assez tumultueuse. A la fin de mon adolescence, je ne jugeais quasiment que par ça. Coup de Foudre à Nothing Hill, Vous Avez un Message ou encore Quatre Mariages et un enterrement ou Love Actually étaient totalement le genre d’histoire que j’aimais regardé. Et si je pense encore aujourd’hui que ces quatres films sont des classiques, les rom-coms sorties depuis, en dehors d’Happiness Therapy (mais je ne sais pas si c’est une comédie romantique) m’ont tous déçue. Quant aux livres, les Bridget Jones et autres Accro du Shopping peuplaient ma bibliothèque.

Sauf qu’en grandissant, j’ai fini par m’en détourner. Déjà parce que, comme tout genre culturel qui a ses propres codes, on a parfois l’impression d’avoir vite fait le tour et que, même si ces histoires ont un côté réconfortant, qui fait rêver et fait oublier la dure réalité… C’est aussi un genre problématique. Je vais pas me faire que des ami·e·s là je sens…

Avec le recul…

Les codes de la comédie romantique sont plutôt bien connus de tou·te·s du coup je ne suis pas sûre qu’en faire la liste ici soit nécessaire. Si, comme je l’ai dit, cela peut donner de belles histoires qui ont bercé et bercent encore toute une génération, nous donnant des fantasmes litéraires/cinématographiques comme William Taker (Hugh Grant dans Nothing Hill)) ou Mark Darcy, si on approfondit un peu le sujet, on voit que les oeuvres appartenant à ce genre nous présentent un modèle de réussite.

On a souvent, au début d’une histoire, une héroïne qui cherche l’amour et pour qui cette absence de partenaire résonne comme un échec cuisant. Il ne faut pas se leurer, nous sommes beaucoup de célibataires à chercher l’amour, la bonne personne, celle ou celui qui comblera notre vie et notre coeur. Et ça n’est pas mal, l’amour apporte beaucoup de choses, partager avec quelqu’un·e d’autre une complicité, un bout de vie, des conversations, de la tendresse, une intimité… ça apporte du bonheur à bien des gens.

Mais l’injonction au couple, omniprésente dans notre culture populaire, peut être un poid pour certain·e·s. Pas le couple en lui-même mais bien le fait qu’être à deux est un gage de réussite sociale, comme avoir un travail ou une une vie sexuelle épanouie. Que cela soit la culture populaire ou nos proches qui nous posent toujours cette fameuses question : et toi, les amours ? comme si avoir un travail ou des ami·e·s, une passion ou un animal de compagnie ne pouvait pas nous épanouir. Comme si ne pas avoir un·e conjoint·e, un·e chéri·e doudou dans notre lit ou notre vie faisait de nous des demies femmes. Je dis femmes parce que je vis cette situation mais je suppose que la pression sur les hommes célibataires existe aussi. Bon, je vais pas me lancer sur la pression liée à la société patriarcale dans la quelle nous vivons qui, malgré tout, incite toujours la femme à se caser pour être une épouse ou une mère… ah bah si je l’ai fait, zut !

Que l’on ne ressente pas l’envie ou le besoin de se mettre en couple, par choix, parce qu’on éprouve tout simplement pas d’attirance romantique ou toute autre raison, chacune est légitime, voir partout des oeuvres culturelles, des publicités qui prônent la vie de couple/de famille épanouie peut vite porter sur les nerfs. Voire nous faire nous sentir complètement nazes/raté·e·s.

L’autre problème que peut poser la comédie romantique, au-delà du modèle vie de couple, c’est bien le modèle de couple en lui-même. Au niveau des représentation, ça n’est pas toujours un genre qui propose de la diversité ; les couples sont souvent hétéro, monogammes et sexualisés. Et je ne parle ici que de la représentation d’orientations romantico-sexuelles, sans aborder la presque absence de personne racisée, handicapée, le sexisme latant de certaines histoires ou la contribution de ce genre à la culture du viol… oui rien que ça. Mais si vous voulez vraiment en savoir plus, Slate.fr a écrit un papier intéressant sur le sujet par ici. La majorité des comédies romantiques laissent donc de côté les relations gay, lesbiennes, bie ou pan, les personnages transgenres, asexuels, poly amoureux et ce ne sont que quelques exemples des situations ou personnes qui ne sont que peu, pas ou mal représentées. Car malgré ce que l’on pourrait croire, les relations ne sont pas faites que d’un homme, d’une femme, fidèle et impliqué·e·s sexuellement. Il existe des personnes heureuses dans des shémas différents, des relations non-exclusives, des romances où il n’y a que peu (ou pas) de sexe, des relations queer platoniques, un terme qui englobe des relations qui ne sont ni amoureuses, ni amicales, pas forcément sexuelles mais où les persones partagent un lien, une complicité, une intimité particulière. Tout ça est bien laissé de côté quand il s’agit de romance populaire.

Vous me direz peut-être que je me prends la tête, que les comédies romantiques, comme tout autre genre culturel, sont là pour divertir, nous faire rêver. Et je ne dis pas le contraire, même en tant que militante je sais aussi mettre mon cerveau en pause pour savourer une bonne série ou un bon film, même si celui-ci peut être problématique. Mais dans notre société diversifiée, n’en déplaise à certain·e·s, avoir une culture populaire qui ne propose quasiment que des personnages et couples blancs, hétérosexuels, cisgenré et monogamme… ça invisibilise beaucoup de gens et d’histoires.

Comment Let it Snow entre en scène ?

Après mon long laïus sur les problèmes posés par le genre de la comédie romantique, revenons-en à notre sujet principal. Avec ce que je viens d’écrire et le fait que Let it Snow m’a fait passé un bon moment, vous vous dîtes peut-être qu’il y a des relations et des personnages qui changent un peu de l’ordinaire… Pas vraiment en fait. Sur les six romances, toutes mettent en avant un homme et une femme blancs, de classe suposément moyenne, hétéro, monogamme et pour qui le sexe et la romance sont intimement liés. Il y a tout de même une petite exception pour la nouvelle Y aura t-il trop de neige à Noël ? de Tonie Behar dont la protagoniste est noire. Et oui, cette sureprésentation du couple normal m’a un peu embêtée.

Mais Let it Snow m’a permis de faire une pause, a commencé à me plonger dans l’esprit de Noël et m’a surtout fait oublier, pendant deux heures, la réalité pourrie dans laquelle on vit en ce moment. Et il faut le dire Let It Snow/em> ne présente aucune situation problématique où le consentement d’un des personnage pourrait être remis en question, par exemple. Et oui, on peut le dire, la sortie du recueil m’a aussi servi de prétexte pour pousser un coup de gueule, déso pas déso 😉 Tout ça pour dire que ce recueil m’a rappelé que je pouvais faire une pause dans mon militantisme et ma déconstruction, que même si j’avais conscience des problèmes qu’il posait, je pouvais l’apprécier sans me sentir coupable. Et ça, c’est un chouette cadeau de Noël en avance !


Si toute la partie coup de gueule de cet article vous a soulé·e vous pouvez en retenir une chose : c’est un recueil de nouvelles très agréable à lire et qui vous fera rêver si vous êtes en manque d’histoire d’amour trop choupi. Quant à ma déconstruction relou et moi, on va aller se détendre un peu et vous dire à bientôt… peut-être.

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