Mary Sue et la représentation des personnages féminins

Bonjour à tous et toutes ! Comme chaque vendredi, on se retrouve pour un article sur les fandoms. Le billet d’aujourd’hui me trottait dans la tête depuis un moment. J’ai conscience que, contrairement aux posts précédents, il aborde un sujet bien précis. J’avoue rédiger ces articles au fil de l’inspiration et de mon intéret du moment 😉 ce billet est davantage là pour introduire un concept et soulever des questions, et j’espère qu’il vous intéressera ! Puisque j’ai conscience d’aborder des notions que je n’ai pas encore traitées, j’ai élaborer une page où vous retrouverez un lexique réunissant des termes et des notions relatives aux fandoms, aux communautés de fans, aux fan studies et à la pop culture.


Lorsque vous trainez dans le monde des fan fictions depuis un moment, vous connaissez sûrement le concept de Mary Sue. Celle qu’on évite comme la peste, que l’on concidère comme l’ennemie numéro 1, qu’en tant que lecteurice on méprise, qu’en tant qu’auteurice on redoute. Ce qui semble être au premier coup d’œil un concept propre aux fandoms en ligne peut en réalité s’étendre à toute la littérature et la fiction de manière générale, et incarne un certain sexisme quand à la représentation des personnages féminins. S’il y a des raisons de critiquer Mary Sue, d’un point de vue narratif notamment, elle n’en reste pas moins l’incarnation d’un système qui dénigre aux personnages féminin leur indépendance et leur légitimité.

Qui est Mary Sue ?

Dans la fan fiction, Mary Sue est un personnage original (ou original character/OC) qui incarne une version idéalisée de l’auteurice. Elle est souvent décrite comme d’une beauté irréelle (dans des paragraphes descriptifs employant des qualificatifs forts élogieux) mais aussi comme très intelligente, très puissante, pouvant faire partie d’une espèce que l’on croyait jusque-là disparue ou comme l’élue d’une prophécie, destinée à sauver le monde. La majorité des personnages masculins du canon tombent amoureux d’elle, les autres personnages féminins la détestent sans raison apparente et Mary Sue possède un passé sombre, souvent traumatique, qui a fait d’elle une meilleure personne et qui justifie souvent ses actes, même les plus abjectes, car on lui pardonne tout, la plupart du temps. Mary Sue peut également faire agir les personnages du canon de façon totalement OOC (out of character). Historiquement, Mary Sue est apparue pour la première fois dans une fan fiction Star Trek.

Dans un article très complet sur le sujet, (Fanlore.org) une définition du concept de Mary Sue résume bien les choses :

Une Mary Sue est initialement une adolescente brillante, belle, modeste, qui s’efface au profit des autres, se sacrifie et obtient le garçon en récompense. En d’autres termes, la fille brillante abandonne son indépendence et son intelligence pour accomplir le rôle attendu des femmes dans la société. Dans les histoires où elle ne finit pas avec l’un des personnages masculins du canon, elle meurt inévitablement.

Si on retrouve quelques unes de ces caractéristiques chez certain·e·s héro·ïne·s dans des œuvres populaires, ce que l’on reproche le plus souvent à Mary Sue c’est le fait que tout est facile pour elle, que tout le monde tombe à ses pieds mais surtout, d’un point de vue narratif et psychologique, elle est lisse, sans défaut et n’attire aucune sympathie pour le·a lecteurice.

La crainte des auteurices

Lorsque vous aimez, que ce soit écrire ou lire, des histoires avec des personnages originaux, vous craignez toujours Mary Sue. Hors, la mention d’un Original Character (qu’iel soit féminin ou non d’ailleurs), n’est pas toujours signe d’un personnage peu développé et trop parfait dont on a pas envie de lire les aventures. #NotAllOriginalCharacters, j’ai envie de dire.

Pourtant, et là on se place davantage du point de vue des auteurices, la crainte de la Mary Sue est grande quand vous proposez une histoire avec un personnage original féminin. Vous passez beaucoup de temps à la développer, pour la rendre la plus intéressante possible, mais il faut s’attendre à des réactions virulantes ; les Mary Sue ont des haters passionné·e·s. Le nombre de reviews argneuses que l’on peut lire est assez significatif. Le problème c’est que souvent, derrière Mary Sue, se cache un·e jeune auteurice qui a développé ce personnage en y mettant beaucoup d’ellui. Et que critiquer violemment (et surtout sans fondement) cet OC peut être réellement blessant. La review est en effet là pour être constructive, pas seulement élogieuse. Mais personne ne nous pousse à lire une fan fiction ; si elle ne nous plaît pas, on peut parfaitement passer notre chemin sans cracher sa haine à l’auteurice. Ou alors, si on sent la personne réceptive, on peut lui laisser quelques conseils pour améliorer son histoire et son personnage. Mais la réaction virulante à coup de « abstients-toi d’écrire, ton personnage est vraiment mauvais, » non.

Mary Sue, un concept sexiste ?

S’il est indéniable que Mary Sue incarne la plupart du temps un personnage pas assez développé et trop lisse, le fait que qualifier un OC de Mary Sue concerne majoritairement les personnages féminins et symptomatique d’un certain sexisme. On me dira que l’équivalant masculin de la Mary Sue existe, il s’appelle d’ailleurs Gari Stu. Le but ici n’est pas de nier l’existence de tels personnages, mais statistiquement, les personnages critiqués sont la plupart du temps des protagonistes féminins.

Et la crainte que ressentent les autrices, surtout, de créer ce genre de personnage vient du fait qu’on a déjà vu beaucoup de mauvaises réceptions de personnages féminins, même au-delà de la fan fiction. Le dernier exemple qui me vient en tête est sans doute Rey, héroïne de Star Wars Épisode VII, que certaines critiques ont qualifié de Mary Sue. Tout ça parce que c’est un personnage féminin fort.

Traditionnellement, les personnages féminins occupent dans la fiction des rôles secondaires ; petite amie/sœur/mère du héros. Ou lorsqu’elles sont effectivement fortes, elles sont solitaires et marginalisées. Par conséquent, lorsqu’une œuvre met en scène une héroïne, la critique va tout de suite être plus virulante. Et pas forcément justifiée.

Les traits caractéristiques d’une Mary Sue, décrits au début de cet article, peuvent pourtant se retrouver dans certains personnages masculins emblématiques de la pop culture. Harry Potter est l’élu d’une prophétie et pourra être le seul à vaincre Voldemort, Aragorn est l’héritier d’une ligne que l’on croyait brisée, rôdeur anonyme, il est destiné à être roi. Luke Skywalker, qui n’a jamais entendu (ou seulement vaguement) parler de la Force avant de rencontrer Ben Kenobi, devient en moins de quatre ans (sur l’étendue de la Trilogie Originale) un chevalier Jedi, alors qu’il a fallu des années à d’autres pour atteindre son niveau. Ce n’est peut-être que spéculatif, mais la réception de ces personnages aurait certainement été bien différentes s’il s’était agi de personnages féminins.


On a vu, ces dernières années, apparaître des héroïnes, ça a commencé avec Buffy, ça s’est poursuivi avec Rey, Jyn Erso, Katniss Everdeen et toutes ces autres représentations féminines dans les romans jeunes adultes ou/et dystopiques. Mais l’égalité dans la réception et la crédibilité des personnages n’est pas encore acquise.

Pour aller plus loin…

Mary Sue, Fanlore.org (En) : un article très complet sur le concept de Mary Sue ; définition, histoire, évolution, critique…

Karen Brill, Daisy Ridley Responds to Accusations That Rey in The Force Awakens Is a ‘Mary Sue’, Vulture, 28 octobre 2016 (EN) : une interview de Daisy Ridley (interprète de Rey dans Star Wars Le Réveil de la Force et Les Derniers Jedi) qui répond aux critiques affirmant que Rey est une Mary Sue.

Laisser un commentaire