Pourquoi lire Le Silmarillion de J.R.R. Tolkien ?

Lorsqu’on entreprend de lire l’oeuvre de J.R.R Tolkien, on se heurte souvent à plusieurs obstacles ; la longueur des livres, déjà. Il faut dire que les trois tomes du Seigneur des Anneaux ou le Silmarillion sont quand même de beaux pavés, sans parler des douze tomes de l’Histoire de la Terre du Milieu qui regroupent certains des écrits publiés sous forme de compilation. Tolkien a un style d’écriture très épique, médiéval et littéraire, des phrases avec de grandes envolées lyriques et surtout, tout un tas de noms, le plus souvent en elfique, qu’il s’agisse de personnages ou de lieux. Il y a vraiment de quoi s’y perdre.

Pourtant, si vous désirez vous plonger réellement dans l’imaginaire du Professeur, il faudra en passer par là. Et une fois que l’on est dedans, on en repart plus, même si j’ai dû m’y reprendre à deux fois pour finir le Silmarillion, je ne suis jamais revenue d’Arda. C’est d’ailleurs de ce livre en particulier dont je vais vous parler aujourd’hui, parce qu’il est devenu mon préféré de Tolkien avec le temps. Comment et pourquoi lire le Silmarillion  ? Nous allons tenter de répondre à ces deux questions.

Qu’est-ce que le Silmarillion  ?

Les Premiers jours du Monde étaient à peine passés quand Fëanor, le plus doué des elfes, créa les trois Silmarils. Ces bijoux renfermaient la Lumière des Deux Arbres de Valinor. Morgoth, le premier Prince de la Nuit, était encore sur la Terre du Milieu, et il fut fâché d’apprendre que la Lumière allait se perpétuer. Alors il enleva les Silmarils, les fit sertir dans son diadème et garder dans la forteresse d’Angband. Les elfes prirent les armes pour reprendre les joyaux et ce fut la première de toutes les guerres. Longtemps, longtemps après, lors de la Guerre de l’Anneau, Elrond et Galadriel en parlaient encore.

C’est ainsi qu’est résumé le Silmarillion dans son édition de poche. Ce livre est particulier en cela qu’il a été publié à titre postume ; en effet, publié en 1977, soit quatre ans après le décès de Tolkien, le Silmarillion réunit des écrit du Professeur, compilés et réédités par son fils, Christopher. A l’origine, Tolkien aurait voulu que le Silmarillion et le Seigneur des Anneaux ne forment qu’un seul et même ouvrage mais son éditeur a refusé, pensant qu’une telle œuvre ne toucherait pas le grand public.

Le Silmarillion regroupe donc des écrits relatant les évènements du Premier Âge et même avant, des scènes, passages ou chapitres que Tolkien a écrit tout au long de sa vie. Son œuvre était en perpétuelle évolution et il ne l’a jamais totalement achevée, beaucoup de questions de meurant sans réponses aujourd’hui. Son fils s’est donné pour mission d’éditer, de commenter et de compiler autant que faire se peut les dizaines et dizaines de pages que son père a laissé derrière lui. Le Silmarillion est l’une de ces compilations.

Prendre le livre par le bon bout

L’erreur que l’on fait souvent lorsqu’on commence le Silm (comme on l’appelle affectueusement), c’est de le considérer comme un prequel du Seigneur des Anneaux. Si chronologiquement c’est le cas, il faut savoir que le style est assez différent. Tout·e content·e d’avoir fini la lecture des aventures de Frodon et de la Communauté de l’Anneau et enjoué·e à l’idée d’explorer un peu plus la Terre du Milieu, on se précipite sur le reste du légendaire de Tolkien, avide de découverte.

Sauf que le Silmarillion, contrairement au Seigneur des Anneaux ou même au Hobbit, n’est pas un roman. C’est ainsi que je l’ai pris au début et quand j’ai vu le nombre de personnages qui s’ajoutaient à chaque chapitre, je me disais «  oh mais mon pauvre cerveau, je suis perdue.  » Et c’est vrai qu’entre les Valar (les dieux, enfin si on veut mais on ne va pas rentrer dans les détails théologiques tout de suite), les elfes et les humains, il y a de quoi se perdre. Sans compter qu’un même personnages peut avoir plusieurs noms. Le Silmarillion se déroule sur plusieurs millénaires et plusieurs âges du monde, donc effectivement il y a beaucoup de données à enmagaziner.

Ce qu’il faut, c’est le voir comme une compilation de chroniques historiques. En effet, dans ce livre-ci, on assiste à la création d’Eä (l’Univers) et d’Arda (la planète ou se situe la Terre du Milieu) ainsi qu’à la venue des elfes et des premiers humains. Tolkien ne décrit pas en détail chaque année, bien sûr mais partage avec nous les évènements importants du Premier Âge qui façonneront le monde où prennent place les aventures dans le Seigneur des Anneaux. Il raconte cette histoire comme l’Histoire avec un grand H, à la mode des récits médiévaux chevalresques, comme un recueil de légendes d’un passé révolu. C’est dans cet état d’esprit qu’il faut le lire  ; chaque chapitre est une nouvelle légende, un nouveau conte, pas un enchaînement linéaire d’évènements, même si à la fin on reconstruit plus ou moins la chronologie des premières heures de la Terre du Milieu. Pour votre lecture, prenez le Silmarillion chapitre par chapitre et vous verrez, ça sera déjà beaucoup plus digeste ! Si votre édition est complétée des cartes et des arbres généalogiques, n’hésitez pas à vous en servir, ils ne sont pas seulement là pour faire joli et seront un appui incontestable dans votre exploration du lointain passé d’Arda.

Mieux comprendre le Seigneur des Anneaux

C’est l’une des raisons pour lesquelles lire le Silm peut être plus que bénéfique. Dans le SDA, Tolkien entre rarement dans les détails du passé des personnages ou même de la Terre du Milieu. Il évoque l’histoire épique de Beren et Lúthien mais seulement pour la comparer à celle d’Aragorn et Arwen. Il aborde rapidement la chute du royaume elfique d’Hollin, sans pour autant expliquer qu’elle est étroitement liée à l’Anneau Unique. Il nous présente Elrond, Galadriel, Gandalf, Saruman ou encore Sauron comme très ancien·ne·s et sages (enfin pas pour les deux derniers mais bref), sans pour autant qu’on sache d’où iels viennent.

Vous trouverez beaucoup de ces réponses dans le Silmarillion. Vous connaîtrez les origines d’Elrond et l’incroyable histoire de son enfance. Vous en apprendrez plus sur Galadriel et ce qui a fait d’elle l’une des elfes les plus âgées et la plus sage de la Terre du Milieu. Vous apprendrez que Gandalf, Saruman et Sauron ont bien plus en commun que ce qu’on peut croire et qu’ils étaient là bien avant que les premiers elfes ne foulent la terre. Vous connaitrez l’histoire de la lignée dont descend Aragorn, les Rois de Númenor et leur destin funeste, conséquence d’un peuple qui voulaient défier les dieux. Vous découvrirez également la raison (ou même les raisons devrais-je dire) pour lesquels elfes et nains ne s’entendent pas si bien que ça. Vous vous êtes toujours demandez d’où venait le Balrog de Morgoth que la Communauté affrontent dans les mines de la Moria ? Vous vous êtes d’ailleurs demandé qui était ce Morgoth ? Ne cherchez pas plus loin, le Silm est là.

Changer votre image des elfes

Quand on lit le SDA ou même que l’on regarde les films, on a une image des elfes assez biaisées. Iels apparaissent parfait·e·s, sages, doué·e·s pour la guerre, un peu cryptiques dans leurs paroles et un peu perché·e·s, il faut bien se le dire. On les voit comme la version idéalisée des humains qui sont pas terribles avec leur soif de pouvoir et leur envie de domination. Pendant longtemps, je n’étais pas trop team elfe parce que je les trouvais carrément snobs et prétencieux/ses.

Avec le Silmarillion, cette vision peut évoluer. On suit ici l’histoire des elfes, de leur éveil à la fin du Premier Âge ainsi que plusieurs peuples elfiques, Noldor et Sindar en tête. Si évidemment Tolkien nous décrit la grandeur et la soif infinie des Eldar pour la connaissance, il nous raconte aussi le côté obscur des immortel·le·s. Comment Fëanor, fils aîné du Roi des Noldor a créé les Silmarili, trois pierres à la valeur inestimable. Comme il a condamné son peuple à l’exil guidés par leur fierté, une soif d’aventure et de vengeance. Comment, alors que le soleil ne s’était encore jamais levé, les elfes ont commis le premier des trois massacre fratricide du Premier Âge, attirant sur eux la malédiction de Mandos (ou Namo, ne son vrai nom), le Vala des morts. Et oui, ils ne sont pas tout beau tout rose nos elfes.

Le Silmarillion c’est aussi l’histoire des grands royaumes elfiques du Premier Âge, de la naissance de Nargothrond et de Gondolin ainsi que leur chute tragique. C’est la splendeur du royaume de Doriath, qui voit naître l’histoire d’amour de Celeborn et Galadriel et dont était originaire Oropher et Thranduil, père et grand père de Legolas. C’est aussi l’histoire de Tuor et Idril, d’ëarendil et Elwing, les parents d’Elrond avec qui commença la lignée des semi-elfes. En bref, le Silmarillion est riche de belles histoires, de guerres épiques, de quêtes, de vengeance, de fierté, de trahison… Sans parler de l’histoire des premiers humains mais ça, c’est encore un autre épisode.

Un casting de personnages profonds

L’une des choses qui peut fâcher avec le Silmarillion, c’est le fait qu’en dehors de quelques rares exceptions, Tolkien ne rentre pas vraiment en détail dans la psychologie des personnages. Mais en contre-partie, c’est un terrain fertile pour votre imagination et vous trouverez sûrement un personnage, une famille, un peuple qui vous attirera plus que les autres. Les personages du Silm sont rarement tout blanc ou tout noir. En dehors de Morgoth qui est en quelque sorte à ‘l’origine du Mal ainsi que ses plus fidèles serviteurs comme Sauron, Ungoliand, Gothmog ou Thuringwethil, toustes ont plus ou moins une part d’ombre et de lumière. Cela change du Seigneur des Anneaux qui peut, au premier abord, être très manichéen dans le sens où le Bien et le Mal s’affrontent et voilà.

Les elfes n’y échappent pas. Thingol, par exemple, Roi de Doriath et des elfes de la Terre du Milieu avant le retour des Noldor est sage et puissant. Jusqu’au jour où Beren l’humain se pointe dans son royaume et lui demande la main de sa fille unique Lúthien ; Thingol, plutôt réticent à la chose, lui accorde la main de sa fille à une seule condition : qu’il lui ramène un des Silmarili ornant la couronne de Morgoth. Les doigts dans le nez beau papa, se dit Beran. Ce sont là les premiers signes de la déchéance de Thingol qui deviendra par la suite plus que possessifs avec son Silmaril. Les fils de Fëanor sont un autre exemple de personnages ambigüs  : s’ils ont prêté le serment de récupérer les Silmarili de leur père coûte que coûte, ce qui conduira entre autre chose aux trois grands massacres fratricides, ils se sont également vaillamment battus contre Morgoth au Premier Âge. Les deux aînés, Maedhros et Maglor, qui pourtant seront ceux qui tomberont peut-être le plus bas, sont également profondément justes. Enfin ça c’est mon interprétation mais j’ai une sorte de fascination pour la Maison de Finwë donc je ne suis pas objective.

Ceux-ci ne sont que quelques uns des personnages qui peuplent le Silmarillion et dont on aime découvrir et suivre les aventures à l’heure où le monde est encore jeune.


Il y aurait sûrement des tas d’autres raisons de lire le Silmarillion. Il permet avant tout une plus grande compréhension de la Terre du Milieu dans son ensemble mais l’exploration de l’imaginaire de Tolkien ne s’arrête pas là. Les Enfants d’Hurin, les Contes et Légendes Inachevés… tout autant de livre qui vous emmèneront toujours plus loin dans l’Histoire d’Arda.

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