L’article d’aujourd’hui est un peu particulier puisqu’il s’agit d’un tag. Sache-le, j’adore les tags, je trouve qu’ils permettent d’aborder des sujets différents de façon assez concise.

Le tag que j’ai choisi de partagé cette fois a été réalisé par Holly du blog Life of a blind girl et Elin du blog My Blurred World, deux des personnes qui m’ont donné envie de lancer mon propre blog sur la cécité. SI tu lis l’anglais, je te conseille de checker leurs articles, ils sont vraiment super.

Grâce à ce tag, on va survolé tout un tas de thématiques liées à la cécité, beaucoup dont je reparlerai dans des articles plus complets. C’est parti.

Beauté et mode

Une photo prise de près du visage de Sasha qui a les yeux maquillés dans les tons de brun, doré et pêche.
Crédits : A Cup Of Autumn / Alis Felixis

1. Quand tu prépares une tenue ranges-tu tes vêtements de façon à ce que cela soit plus facile pour toi de choisir cette tenue seul·e ?

Si l’organisation et le rangement ne font pas partie de mes compétences de base, devenir aveugle m’a fait réalisé que si je ne voulais pas passer des heures à chercher mes affaires, il fallait que chaque chose ait une place. Heureusement, BAE est là et m’a trouvé plusieurs petits tuyaux pour ordonner et compartimenter mes espaces de rangement ; armoire, placard, commode, etc. On a rangé mes vêtements par catégorie (pantalons/shorts, t-shirts, sous-vêtements…) dans des boîtes fabriquées avec de vieux sacs de courses rigides. Pour ce qui est des chemises et des vestes, elles sont dans le côté penderie de notre armoire. EN vrai, si je pouvais tout suspendre ça serait génial mais on a une toute petite penderie sooo…

2. Quand tu achètes de nouveaux vêtements, le fais-tu seul·e ? En ligne ou en boutique ?

C’est très rare que j’achète des vêtements seul·e 1) aller en magasin n’est pas très accessible, même si je pourrais demander conseil au personnel, 2) les sites des boutiques en ligne sont très rarement accessibles. Et quand ils le sont, les articles ne sont pas beaucoup décrits, si bien qu’il est difficile pour moi de me faire une idée.

3. Quand tu vas faire du shopping avec tes proches, y a-t-il quelque chose de spécifique que tu leur demandes de faire pour t’aider à choisir un vêtement/un produit qui pourrait te plaire ?

Avant d’aller faire les boutiques, j’essaie de faire une liste de ce dont j’ai besoin/envie, histoire de limiter le champ de recherche pour la personne qui m’accompagne. Le lèche vitrine, juste pour « regarder ce qu’il y a » est donc relativement compliqué. Ensuite, avec ces infos en tête, la personne qui me guide me montre ce qu’elle a trouvé ou quelque chose qu’elle pense me correspondre, elle me le décrit (couleur, coupe, matière, etc) et je touche l’article pour en avoir un aperçu tactile.

4. Est-ce que tu trouves ça difficile de choisir une tenue seul·e ?

De moins en moins parce que depuis environ un an, j’affine mon style et à force de tri, je n’ai que des vêtements qui me plaisent et qui vont ensemble donc il y a peu de chance que je fasse une faute de goût. Genre pas comme cette fois où j’ai mis une tunique turquoise avec un boléro fushia parce que j’avais le même en noir et que je m’étais trompé. On ne se moque pas des couleurs, c’était la fin des années 2000 tss.

Après, j’aime quand même bien avoir l’avis des autres sur ce que rend ma tenue, quelle impression elle dégage etc. Parce que ne pas voir le résultat peut être frustrant dans ces moments-là.

5. Trouves-tu le shopping en ligne accessible ?

Trèèèès rarement. Comme je le disait plus haut, les sites des boutiques en ligne sont très peu accessibles et même si ça m’arrive de faire des pré-sélections et de refaire le tri avec une personne voyante ensuite, ça fonctionne assez mal généralement. Pas facile de faire du shopping à l’aveugle. Haha #HumourOcculaire.

6. Est-ce que ton handicap visuel t’empêche de mettre du maquillage ? Et si oui, pourquoi ?

Yep, totalement. À part peut-être du rouge à lèvres, et encore c’est souvent un massacre. Je suis en train d’apprendre, j’ai acheté les bases (teint, yeux, lèvres) pour me maquiller et je m’amuse parfois à le faire quand je reste à la maison. Mais y a encore du boulot. Je ne peux pas me guider de ma vue puisque je suis totalement aveugle et en plus j’ai des problèmes de motricité fine donc les gestes précis et fins, ça bug. Oui je sais, je suis pas aidé·e par la vie.

7. Comment organises-tu tes vêtements/tes produits de beauté ?

Euuuuuh, organiser ? C’est pas faux.

Plus sérieusement, comme je le disais plus haut, je compartimente mes étagères avec tout type de boîte où je vais trier les produits ou vêtements par catégorie. Et pour les produits de beauté, j’ai une boîte réserve avec les choses dont je ne me sers pas souvent.

Les déplacements

Sasha, une personne aux cheveux courts noirs, est assis-e en tailleurs. Iel porte un jean déchiré, un t-shirt noir avec un Porg dessus, une veste en suédine camel et un foulard orange brique. Kate, sa canne blanche, est posée sur ses genoux.
Crédits : A Cup Of Autumn / Alis Felixis

8. Utilises-tu une aide à la mobilité, si oui laquelle ?

J’utilise une canne blanche depuis une quinzaine d’années maintenant. Au fil des années, elles se sont toutes appelées Blanchette jusqu’à ma nouvelle canne, qui elle s’appelle Kate. Parce que Kate Blanchette. Si c’est drôle tss.

Et quand j’aurais déménagé, j’entammerai les démarches pour avoir un chien guide. Ça fait des années que j’y réfléchis et je pense que le moment est arrivé pour moi. J’ai si hâte !

9. Préfères-tu utiliser ton aide à la mobilité ou être guidé·e par une personne voyante ?

D’un point de vue purement personnel, je préfère me déplacer avec ma canne parce que ça signifie que je suis autonome. Mais entre le fait que je n’ai plus vraiment d’adresse fixe depuis quelques mois et que le burn out rend l’apprentissage de nouveau trajet difficile, je me fait le plus souvent guider.

10. Si tu utilises une canne, te sens-tu embarrassé·e quand tu l’as avec toi ?

Au début, grave. J’ai mis beaucoup de temps à l’accepter parce que j’avais juste l’impression d’avoir un panneau rouge clignotant avec écrit « aveugle » au-dessus de la tête. Mais maintenant, j’ai compris que la canne me donnait de l’autonomie, me mettait en sécurité et que grâce à elle les autres voient que je suis aveugle.

11. En matière de transport, est-ce que tu prends le bus, le train, etc, seul·e ?

Avec de l’entraînement et des repérages oui, je prends les transports en commun seul·e, que ce soit le bus, le tram ou le métro, même si ce dernier est plus difficile à appréhender pour moi. Pour ce qui est du train, malgré ses nombreux défauts, j’ai recours au service Accès + de la SNCF depuis 2007. Et j’ai plusieurs fois pris l’avion seul·e pour aller notamment au Danemark ou au Canada. Mais cela est possible seulement si la compagnie aérienne propose un service d’accompagnement.

12. Comment te sens-tu à l’idée de voyager seul·e ?

Ça me stresse, la plupart du temps. Le sentiment d’autonomie et de liberté quand tout sepasse bien est vraiment gratifiant. Mais la possibilité qu’il arrive un truc est trop présente pour que je voyage en toute sérénité. Surtout qu’il m’arrive toujours de ces choses…

L’éducation

Une image représentant une pile de livres et des lunettes sur une table en bois.
Crédits : Freepik.com

Content warning : mention de harcèlement scolaire et de dépression dans cette partie. Si tu n’es pas à l’aise avec ces sujets, tu peux aller directement à la partie « technologies d’assistance »

13. Suis-tu ou as-tu suivi une scolarité en milieu ordinaire ou spécialisée ?

J’ai suivi toute ma scolarité (de la maternelle à la fac) en milieu ordinaire. J’ai passé un trimestre de grande section dans une classe mixte élèves voyant·e·s et aveugle mais vu que j’étais entre les deux (aveugle d’un œil et mal-voyant·e de l’autre) ça s’est mal passé. Je pense que le projet était bon sur le papier mais la mise en place ne m’a pas convenu·e.

14. Si tu avais eu le choix, quelle scolarité aurais-tu suivie ?

Vu que je ne connais pas le milieu spécialisé, je n’ai pas vraiment de point de comparaison. Mais malgré tout ce que j’ai pu vivre en milieu ordinaire (notamment le harcèlement scolaire), je ne regrette pas.

Un jour, j’ai discuté avec une personne aveugle qui avait suivi toute sa scolarité en milieu spécialisé et elle m’a dit que malgré les bons côtés (comme le fait d’évoluer avec d’autres personnes qui savent ce que tu vis), elle regrettait parce que quand elle est arrivée à la fac, en plus à une époque où les Pôles Handicap venaient juste d’être mis en place, ça lui avait mis une grosse claque.

15. De façon générale, ta scolarité en tant que personne déficiente visuelle a-t-elle été positive ou négative ? Comment aurait-elle pu être améliorée ?

Je ne peux pas parler de ma scolarité de façon aussi tranchée. Comme je le disais, il y a eu du positif parce que ça m’a préparé·e au monde où tout n’est pas accessible pour les personnes DV et donc j’imagine que ça m’a donné des outils pour me débrouiller et une certaine force de caractère. Mais je sais aussi que sans la scolarité en milieu ordinaire, je n’aurais pas pu faire mon bac de rêve (j’ai fait un Bac littéraire en cinéma et audio-visuel). Et oui, malvoyant·e en études d’audio-visuel, j’ai jamais dit que c’était logique.

Toutefois, les aspects négatifs ont été très présents. Entre le harcèlement scolaire qui a parfois été très loin, le manque de collaboration de certain·e·s profs pour mettre mes aménagements en place, les batailles administratives contre le Rectorat pour avoir du matériel adapté… ça a été beaucoup de lute pour faire valloir mes droits. Je garde encore des stigmates de mes années collège notamment et le harcèlement a contribué à l’installation de mon Syndrôme de Stress Post Traumatique, même dix ans après. Du coup, c’est pas très joisse comme conséquence mmh.

Pour ce qui est de l’amélioration… et bien pour commencer, je dirai une plus grande sensibilisation au handicap dès l’école maternelle ou primaire pour les élèves, parce que si on n’avait pas tous ces apriori, il y aurait beaucoup moins de moqueries et d’isolement des élèves en situation de handicap. Puis aussi une formation pour le personnel éducatif parce que OK, mes pairs ont été parfois infectes mais j’ai aussi rencontré des chef·ve·s d’établissement et des profs manquant cruellement de volonté en ce qui concernait les aménagements scolaires. J’ai même eu un prof au lycée qui a tout bonnement refusé de les mettre en place, genre oklm.

16. As-tu poursuivi des études supérieures ? SI oui, comment as-tu vécu cette transition ? Si non, pourquoi ?

J’ai effectivement suivi des études à l’université, jusqu’en master. Je me rappelle mes premières années de fac comme étant très chaotiques. J’ai fait 4 premières années avant de trouver ma voix et c’est autant dû au fait que trop de sujets m’intéressaient, que la dépression due au manque d’accompagnement vis-à-vis du handicap que parce qu’à l’époque (entre 2007 et 2010) les PÔles Handicap des facs se mettaient seulement en place et que les aménagements d’études n’étaient pas ouf.

Par contre, j’ai senti une réelle différence dans la perception de mon handicap par les autres étudiant·e·s. Déjà au lycée, je n’ai presque pas vécu de harcèlement scolaire (je sais que c’est une chance) mais à la fac, les gens voulaient davantage m’aider ou se sensibiliser. Limite j’ai connu plus de moqueries et de remarques à cause du trouble anxieux et de la dépression.

Technologies d’assistance

Photo d'un ordinateur portable et d'un smartphone sur une table.
Background photo created by freepik – www.freepik.com

17. Quelle est ton opinion sur les technologies d’assistance pour les personnes DV/aveugles? Penses-tu qu’elles soient vitales ?

O U I ! Même si je suis accro à la technologie de base, je pense vraiment que l’apparition des afficheurs braille, des logiciels d’agrandissement et des lecteurs d’écran ont changé beaucoup de choses dans la vie des personnes DV.

18. Utilises-tu des technologies d’assistance ?

Tout le temps. J’ai un lecteur d’écran (NVDA) sur mon PC, j’utilise Voiceover (le lecteur d’écran Apple) sur mon Macbook et mon iPhone. J’ai récemment acquis une enceinte Alexa d’Amazon avec laquelle il me tarde de faire joujou (je suis un·e vrai·e enfant quand j’ai un nouveau gadget) puis j’ai tout un tas de trucs qui parlent à la maison ; un minuteur pour la cuisine, une balance, des plaques de cuisson… j’ai aussi un afficheur braille mais pour l’instant je m’en sers peu parce qu’il faut vraiment que je reprenne les cours de braille pour avoir une plus grande fluidité de lecture.

19. Sans quelle·s technologie·s d’assistance/applications spécialisées ne pourrais-tu pas vivre ?

Toutes celles sus-mentionnées, pour ainsi dire. Comme je le disais, je suis accro à la technologie, ce qui inclut mon téléphone et mon ordi. Après, j’ai tout un tas d’applications sur mon smartphone qui me servent, genre des applis de description d’image. Je pourrais faire un article dédié à ce sujet si ça t’intéresse.

20. Si tu devais recommander une technologie d’assistance à une personne DV, laquelle ça serait et pourquoi ?

La réponse est assez subjective parce que ça dépend des pratiques et des habitudes de chacun·e. Personnellement, je suis fan du lecteur d’écran mais si une personne DV est plutôt brailliste, un afficheur braille peut être super pratique. Et ça évite d’avoir la voix parfois nazillarde de la synthèse vocale dans les oreilles. Je sais que perso, quand je faisais de la radio ou des formations devant des gens, j’ai regretté de ne pas maîtriser assez le braille pour lire mes notes. Parce qu’avoir la synthèse vocale qui parle en même temps que toi dans tes oreilles, c’est pas très pratique.

21. Quelle technologie d’assistance aimerais-tu avoir ?

Un scanner et un logiciel de reconnaissance de caractères qui fonctionne vraiment et pas approximativement. Je sais que selon la qualité des documents, il y a toujours des petites erreurs mais les programmes que j’ai testé jusque-là, c’était pas l’éclate.

Amitié

Image montrant un éléphant et un lapin qui jouent ensemble
Watercolor vector created by alolieli – www.freepik.com

22. As-tu principalement des ami·e·s voyant·e·s ou aveugles ?

Principalement voyant·e·s. J’ai quelques connaissances aveugles, dont une dont je suis plus proche que les autres, mais on ne se voit plus trop.

23. Si tu as des ami·e·s DV/aveugles, comment les as-tu rencontré·e·s ?

La personne dont je suis resté·e plutôt proche, je l’ai rencontrée dans un centre de rééducation près de Paris où on a toustes les deux séjourné il y a une dizaine d’année. C’était l’une des rares personnes de mon âge et ont s’est tout de suite bien entendu. Les autres, je les ai surtout rencontrés par le milieu associatif lorsque j’étais encore à la fac.

24. Est-ce que tes pairs voyant·e·s comprennent ton handicap et essaient de t’aider ?

Ça varie selon les personnes mais généralement oui, surtout les nouvelles personnes que j’ai rencontré ces derniers mois/ que je peux rencontrer maintenant. Iels me posent des questions pour savoir ce qu’il faut faire ou ne pas faire, comment me guider par exemple.

Ce qui est le plus dur souvent, c’est de comprendre à quel point la cécité a pu m’influencer et m’influence encore. J’ai traversé et traverse encore des périodes très difficiles et parfois, des personnes dont je pensais être proche ne saisissent pas tout. Je sais que c’est difficile de tout comprendre lorsqu’on ne vit pas la situation soi-même mais la bienveillance, c’est vraiment essentiel, surtout quand on traverse une période difficile. Et je parle là du handicap sensoriel que je connais mais aussi des maladies mentales.

25. Y a-t-il quelque chose que tu aimerais que tes ami·e·s voyant·e·s comprennent au sujet de ton handicap ?

Principalement ce dont je parlais au-dessus, que parfois, même si ça fait des années qu’on a un handicap, il y a des moments où il va prendre plus de place que d’autres et où il va être plus difficile à vivre. Personnellement, je pensais avoir accepté le mien, j’ai forcé pendant des années en faisant comme si et là, depuis deux ans, je n’y arrive presque plus. Le burn out et la dépression n’aident pas, c’est sûr mais le fait de ne pas voir… ben malgré tout, ça craint un peu. Après, ça ne veut pas dire que la vie est impossible ou quoique ce soit, je dis ça maintenant parce que je suis dans une période pas ouf.

Je ne veux pas que tu t’appitoies sur mon sort (par Merlin, ne fais pas ça, il y a des coups de pelle qui se perdent parfois avec les gens qui disent « oh, pauvre toi d’être aveugle ») et chaque jour je réapprivoise la cécité, l’autonomie, mon corps, etc et je continuerai à militer et sensibiliser dès que j’irai mieux. Mais souvent, on entend qu’on est courrageuxes de vivre avec nos handicaps… euuuh Johnny, on a pas trop le choix, tsé. Bref.

Et une autre chose, c’est de ne pas présupposer de ce que l’on peut faire ou ne pas faire. Par exemple, tu pourrais te dire que me proposer une sortie au cinéma, s’est inutile, voire ça pourrait me blesser parce que je ne vois pas. Bah en fait, j’aime bien le cinéma et je serais content·e d’y aller plus souvent. Si je sais que le film en question est peu accessible pour moi, je dirais peut-être non mais c’est très rare.


Et voilà, ce (long) tag est terminé. J’espère qu’il t’auras appris des choses. Si tu as des questions, les commentaires sont là pour ça et n’oublie pas que j’approfondirai tous ces sujets dans le futur. Si toi-même tu es déficient·e visuel·le/aveugle ou même que tu as un autre handicap et que tu veux adapter ce tag, n’hésite pas, ça serait cool de voir des réponses d’autres personnes.

Tag – La vie quotidienne avec un handicap visuel

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